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Sur la piste de la faune sauvage : traces et indices dans le Jura

4 oct.
5 min de lecture

Observer un animal sauvage est toujours un moment particulier. Pourtant, il n’est pas nécessaire de voir un chevreuil, un renard ou un blaireau pour savoir qu’ils sont passés par là. Une empreinte dans la boue, quelques poils accrochés à une branche, une coulée qui traverse la végétation, des fèces, un reste de repas ou encore une zone utilisée pour se reposer sont autant d’indices capables de révéler leur présence. Dans le massif du Jura, de nombreux mammifères vivent parfois à proximité de nous tout en restant extrêmement discrets. Apprendre à rechercher et interpréter leurs traces permet alors de découvrir une autre facette de la faune sauvage : celle que les animaux laissent derrière eux lorsqu’ils ne sont plus visibles. C’est tout le principe de mes sorties « Sur la piste de la faune sauvage ». Pendant quelques heures, nous avançons à la manière d’une enquête naturaliste : chercher, identifier, comparer et surtout essayer de comprendre ce que chaque indice peut nous raconter.


Apprendre à lire les traces laissées par les animaux


Lorsque nous parcourons un milieu naturel, notre regard est généralement attiré par ce qui bouge. Pourtant, en prenant le temps de regarder le sol, la végétation ou certains passages, de nombreux éléments commencent progressivement à apparaître. Les empreintes sont évidemment parmi les indices les plus connus. Leur forme, leur taille ou leur disposition permettent parfois d’identifier l’animal qui les a laissées. Mais elles ne représentent qu’une petite partie de ce que nous pouvons rechercher. Fèces, poils, coulées, frottis, restes de repas, zones de repos ou passages répétés dans la végétation peuvent également apporter de nombreuses informations. L’objectif de la sortie n’est donc pas simplement de mettre un nom sur une trace. Nous essayons surtout de comprendre ce qu’elle signifie. Pourquoi cet animal est-il passé ici ? Dans quelle direction se déplaçait-il ? Était-il probablement en train de s’alimenter ? Pourquoi retrouve-t-on plusieurs indices au même endroit ? Ce passage semble-t-il occasionnel ou régulièrement emprunté ? Petit à petit, plusieurs éléments peuvent commencer à se répondre et transformer une simple promenade en véritable lecture du paysage. C’est aussi l’occasion d’apprendre à rester prudent. Sur le terrain, tous les indices ne permettent pas une identification certaine et certaines traces peuvent facilement prêter à confusion. Savoir reconnaître ce que l’on ne peut pas déterminer avec certitude fait également partie de l’apprentissage naturaliste.

*Crotte de Lynx boréal (Lynx lynx) laissé sur une souche en bord de chemin à des fins de marquage


Des indices différents au fil des milieux et des saisons


Une sortie consacrée aux traces et indices n’est jamais tout à fait identique à la précédente.

Dans une forêt, notre attention pourra se porter sur les coulées empruntées par les mammifères, les zones de repos, certains arbres marqués ou les restes alimentaires. En lisière ou dans une prairie, d’autres passages deviennent visibles. Dans les secteurs plus humides, la boue peut conserver des empreintes particulièrement lisibles. Et puis il y a la neige. En hiver, une couche de neige fraîche peut transformer complètement notre manière de percevoir un paysage. Des animaux que nous n’aurions probablement jamais détectés en temps normal laissent derrière eux une succession de pistes parfois visibles sur plusieurs dizaines ou centaines de mètres. Il devient alors possible de ne plus observer uniquement une empreinte isolée, mais de suivre un déplacement et d’essayer d’en comprendre la logique. Selon les secteurs, les saisons et les conditions rencontrées, nous pouvons rechercher les traces laissées par différents mammifères du massif jurassien : Chevreuil européen, Cerf élaphe, Renard roux, Blaireau européen, Lièvre brun, Sanglier ou encore Écureuil roux font partie des espèces dont nous pouvons rencontrer les indices.

Mais l’hiver est également une période particulière pour la faune sauvage.


*Différentes traces et indices de nombreuses espèces animales


Suivre des traces sans suivre les animaux


La neige facilite énormément la recherche d’indices. Elle peut donc donner envie de suivre une piste pour découvrir jusqu’où elle mène. Pourtant, ce n’est pas parce qu’une trace est visible qu’elle doit nécessairement être suivie jusqu’au bout. L’hiver représente une période exigeante pour de nombreuses espèces. Les températures sont basses, les ressources alimentaires peuvent être moins accessibles et certains animaux doivent limiter leurs dépenses énergétiques. Notre présence peut alors devenir une source de dérangement supplémentaire si nous cherchons à nous rapprocher systématiquement des zones qu’ils utilisent. Certains secteurs du massif jurassien présentent également une sensibilité particulière et peuvent faire l’objet de mesures réglementaires de protection, notamment au travers d’arrêtés préfectoraux de protection de biotope (APPB). Ces éléments font partie intégrante de ma manière de construire les sorties. Selon la saison, l’enneigement et la sensibilité des secteurs, je peux donc adapter les itinéraires et privilégier des massifs ou des milieux où notre présence aura moins d’impact. L’objectif n’est jamais de suivre une piste coûte que coûte jusqu’à retrouver l’animal. Au contraire, apprendre à lire les traces de la faune sauvage permet justement de découvrir énormément de choses sans avoir besoin de provoquer une rencontre. Comprendre où s’arrêter fait finalement autant partie de la sortie que savoir où chercher.


Des traces jusqu’à l’affût


La recherche d’indices possède également un lien direct avec une autre manière d’observer la faune que je pratique régulièrement : l’affût animalier. Avant de choisir un emplacement pour un affût, je passe moi-même beaucoup de temps à prospecter les secteurs. Une coulée régulièrement utilisée, plusieurs empreintes, des fèces ou différents indices retrouvés au même endroit peuvent progressivement nous renseigner sur la manière dont les animaux utilisent le paysage. La sortie « Sur la piste de la faune sauvage » permet donc de découvrir une partie du travail qui se déroule habituellement avant même de s’installer pour observer. Et pour les personnes qui souhaitent approfondir cette démarche, les deux expériences peuvent devenir complémentaires. Nous pouvons prospecter ensemble un secteur, rechercher les indices de présence, comprendre les déplacements possibles des animaux et réfléchir à l’endroit où nous pourrions nous installer. Le terrain, la visibilité, les passages repérés mais également le vent et les possibilités de rester discret commencent alors à entrer en jeu. Puis, lors d’un affût, il ne reste plus qu’à revenir sur le secteur et tenter notre chance. On découvre ainsi progressivement toute la démarche : chercher, comprendre, choisir puis observer. L’objectif n’est plus simplement de participer à un affût déjà préparé, mais de comprendre comment on peut passer de quelques indices découverts sur le terrain au choix d’un emplacement permettant, peut-être, une future observation. Et comme toujours avec la faune sauvage, le dernier mot appartient aux animaux.


*Affut avec une longue vue suite à la découverte de traces et indices de cerf


Une autre façon de découvrir les animaux du Jura


C’est probablement ce que j’apprécie le plus dans la recherche de traces et indices : il n’est pas nécessaire d’observer directement un animal pour découvrir sa présence. Une forêt qui semblait silencieuse en arrivant peut progressivement révéler le passage de plusieurs espèces. Une empreinte devient une piste. Une piste rejoint une coulée. Quelques restes alimentaires racontent qu’un animal s’est arrêté ici avant notre passage. Au fil de la sortie, on apprend surtout à porter son attention sur des détails devant lesquels nous serions probablement passés quelques heures auparavant sans nous arrêter. Les photographies qui accompagnent cet article ont d’ailleurs été réalisées au fil de mes propres sorties et prospections, aussi bien dans le cadre de mon activité professionnelle que lors de mes recherches personnelles. Elles illustrent une petite partie de tous ces indices que l’on peut rencontrer lorsque l’on commence à regarder le terrain différemment.

Et une fois que l’on a commencé à les chercher, il devient difficile de parcourir un sentier de la même manière qu’avant.


Envie de partir sur la piste de la faune sauvage ?


Je propose des sorties consacrées à la recherche et à l’interprétation des traces et indices laissés par les animaux dans le massif du Jura. Une expérience accessible pour apprendre à reconnaître les signes de présence de la faune, comprendre ses déplacements et découvrir autrement les milieux naturels qui nous entourent. Pour les personnes souhaitant approfondir la démarche, cette expérience peut également être associée à une sortie d’affût afin de découvrir le cheminement complet, de la recherche des indices jusqu’à la tentative d’observation.



 
 
 

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