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À l’affût des mammifères sauvages du Jura 🦌

4 oct.
9 min de lecture

Observer un chevreuil sortir discrètement d’une lisière, apercevoir un renard traverser une prairie ou distinguer une silhouette au loin alors que la lumière commence à décliner. L’observation des mammifères sauvages du Jura réserve des moments particuliers, mais demande souvent une certaine patience. Contrairement aux oiseaux, dont les chants et les déplacements trahissent régulièrement la présence, de nombreux mammifères peuvent vivre tout près de nous sans jamais se montrer. Certains sont principalement actifs au crépuscule ou durant la nuit, d’autres fréquentent des secteurs peu accessibles ou savent simplement se faire particulièrement discrets. Pour les observer, courir après les animaux est rarement la meilleure solution. Il faut parfois faire exactement l’inverse : s’arrêter, se faire oublier et attendre qu’ils viennent à nous. C’est tout le principe de l’affût. Dans le massif du Jura, entre forêts, lisières et prairies, je propose des sorties d’initiation à l’affût animalier permettant de découvrir cette approche de l’observation de la faune sauvage. Mais lorsque les participants arrivent et s’installent avec moi pour attendre les premières apparitions, une bonne partie du travail a en réalité déjà été réalisée.

Un affût animalier se prépare bien avant votre arrivée

Lorsque j’accompagne un groupe sur un affût, je ne choisis pas simplement une lisière qui me semble agréable le jour de la sortie. En amont, je passe du temps sur le terrain à rechercher les indices laissés par les animaux. Empreintes, fèces, coulées, zones de repos, passages réguliers ou encore restes de repas permettent progressivement de comprendre comment les mammifères utilisent un secteur. Une prairie peut sembler vide en pleine journée alors qu’elle est régulièrement fréquentée à la tombée de la nuit. Une coulée presque invisible au milieu de la végétation peut révéler un passage utilisé quotidiennement. Plusieurs indices réunis permettent ainsi de commencer à comprendre où les animaux circulent et quels endroits pourraient être intéressants pour installer un affût. Dans certaines situations, cette prospection peut être complétée par la pose d’un piège photographique. Celui-ci permet d’étudier la fréquentation d’un secteur sans avoir besoin d’être constamment présent : quelles espèces passent devant l’appareil ? À quels moments ? Certains passages semblent-ils réguliers ? Toutes ces informations ne garantissent évidemment pas qu’un animal apparaîtra lorsque nous serons installés. La faune sauvage reste libre de ses déplacements. Elles permettent en revanche de sélectionner des endroits cohérents plutôt que de compter uniquement sur le hasard. Et une fois le secteur choisi, il reste encore une étape importante : tester l’affût. Alors je réalise systématiquement des affûts seul avant d’y accompagner des participants. Cela permet de vérifier l’emplacement, la visibilité, la manière dont la lumière évolue, les possibilités d’installation ou tout simplement de continuer à apprendre comment la faune utilise les lieux. Ces moments de préparation réservent parfois eux-mêmes quelques surprises. C’est notamment au cours de l’un de ces affûts que j’ai eu la chance d’observer mon tout premier Lynx boréal. Je n’étais pas venu spécialement pour lui. J’étais simplement installé sur le terrain dans le cadre de mes prospections lorsqu’il est apparu. Une de ces rencontres que l’on espère pendant longtemps sans pouvoir prévoir le jour où elle arrivera. C’est aussi toute la magie de l’affût : on peut étudier, préparer et anticiper beaucoup de choses, mais on ne maîtrise jamais complètement ce que la nature décidera de nous montrer.

*Piège photographique posé le long d'un affleurement rocheux pour savoir si ce dernier est fréquenté par des prédateurs, Lynx boreal (Lynx lynx) et Loup gris (Canis lupus)

De l’affût découverte à une approche plus ciblée 🌲

Tous les affûts ne nécessitent heureusement pas de passer des heures dissimulé sous un camouflage complexe. Pour une sortie découverte en famille ou en petit groupe, je privilégie généralement une approche simple et accessible. Nous pouvons par exemple nous installer discrètement en lisière forestière, parfois sous les branches d’un épicéa qui offre naturellement une bonne dissimulation, face à une prairie ou à un espace suffisamment dégagé pour observer les animaux à distance. Une fois installés, l’objectif est surtout de limiter nos mouvements et notre présence afin de laisser le paysage retrouver progressivement son calme. Les jumelles et la longue-vue prennent alors le relais. Un animal n’a pas besoin de venir à quelques mètres pour que l’observation soit intéressante. Au contraire, conserver une certaine distance permet souvent de profiter plus longtemps d’un comportement naturel sans chercher à provoquer une rencontre rapprochée.

Cette formule permet de découvrir les principes de l’affût sans en faire quelque chose de compliqué. Elle convient particulièrement bien à une première expérience ou à une sortie en famille. Mais l’affût peut également devenir beaucoup plus ciblé. Pour une personne seule ayant une attente particulière, il est possible de travailler sur des secteurs plus précis et d’adapter davantage la manière de s’installer. La préparation, le choix du site et l’approche peuvent alors être pensés différemment selon l’objectif recherché et les réalités du terrain.

Il ne s’agit donc pas tout à fait de la même expérience. Dans le format classique consacré principalement à l’affût, le travail de prospection est réalisé par mes soins avant la sortie. En revanche, lorsque la prestation est plus longue, nous pouvons consacrer davantage de temps à cette partie ensemble : rechercher les indices, comprendre pourquoi certains passages sont intéressants, lire le paysage puis choisir progressivement notre emplacement.

L’affût devient alors l’aboutissement d’une véritable recherche de terrain.


*Affût familial réalisé avec un groupe de 6 personnes sur une combe qui offre une vue dégagée pour observer facilement les animaux à distance Comment se préparer pour mettre toutes les chances de notre côté ?


La préparation d’un affût ne concerne pas uniquement le choix du site. Avant chaque sortie, je transmets également quelques recommandations aux participants. Elles peuvent sembler anodines, mais elles permettent de mettre toutes les chances de notre côté une fois sur le terrain. La première concerne les odeurs. De nombreux mammifères possèdent un odorat particulièrement développé et peuvent détecter notre présence bien avant que nous ayons la possibilité de les apercevoir. Pour cette raison, je demande notamment d’éviter le parfum et les produits fortement odorants avant une sortie. La cigarette est également à éviter avant et pendant l’affût afin de limiter autant que possible les odeurs susceptibles de trahir notre présence. La tenue a elle aussi son importance. Il n’est pas nécessaire d’investir dans une panoplie complète de camouflage pour participer à une sortie découverte. Des vêtements aux couleurs sombres, neutres ou qui s’intègrent naturellement dans l’environnement sont généralement suffisants. À l’inverse, des couleurs très vives peuvent nous rendre beaucoup plus visibles lorsque nous sommes installés en lisière ou sous la végétation. Je conseille également de privilégier des vêtements peu bruyants. Certains tissus imperméables ou synthétiques peuvent produire beaucoup de bruit au moindre mouvement, ce qui devient particulièrement perceptible lorsque tout est calme autour de nous. Une fermeture éclair, un sac que l’on ouvre ou une veste qui frotte peuvent parfois suffire à attirer l’attention d’un animal situé à proximité. Enfin, il faut penser au confort. Pendant un affût, nous pouvons rester relativement immobiles pendant une longue période et la température ressentie peut rapidement diminuer, notamment en soirée. Mieux vaut donc prévoir une couche supplémentaire plutôt que de devoir multiplier les mouvements parce que le froid commence à se faire sentir. Toutes ces précautions ne permettent évidemment pas de devenir invisibles. Elles servent simplement à réduire au maximum les signes de notre présence et à augmenter nos chances d’observer un animal poursuivre naturellement son activité.

C’est finalement l’un des principes fondamentaux de l’affût : une fois installés, essayer de prendre le moins de place possible dans le paysage.

S’installer, attendre et regarder autrement


Une fois l’emplacement atteint, le rythme change. Nous nous installons et essayons progressivement de nous faire oublier. C’est probablement l’une des choses qui surprennent le plus lorsque l’on découvre l’affût : pendant un moment, il ne se passe parfois rien.

Du moins, en apparence. Car rester immobile au même endroit oblige rapidement à prêter attention à des choses auxquelles nous n’aurions probablement pas accordé beaucoup d’importance en marchant. Un oiseau donne l’alarme à proximité. Un bruit se fait entendre dans les feuilles. Une silhouette semble avoir bougé à l’autre bout de la prairie. La lumière diminue et certaines zones que l’on distinguait parfaitement quelques minutes auparavant commencent à disparaître dans l’ombre. On apprend alors à regarder autrement.

C’est également tout l’intérêt d’être accompagné par un guide nature. L’attente laisse beaucoup de place aux échanges : nous pouvons parler des espèces présentes dans le massif du Jura, de leur écologie, de leurs comportements, des indices rencontrés sur le terrain ou encore des techniques permettant de les observer en limitant notre impact.

Je partage aussi volontiers mes expériences et mes anecdotes de terrain. Certaines concernent des observations particulièrement marquantes, d’autres des soirées où un animal nous a complètement déjoués ou des situations qui permettent simplement de mieux comprendre le comportement d’une espèce. L’affût n’est donc pas un silence absolu imposé pendant toute la sortie. Il faut bien sûr savoir devenir très discret lorsque la situation le demande, mais l’expérience reste avant tout un moment de découverte et de transmission.

Et puis, parfois, quelque chose apparaît.

*Paysage typique des zones d’affûts grand public avec des ambiances toujours très agréables

Observer les mammifères sauvages du massif du Jura


Une silhouette sort de la forêt. À cet instant, toutes les minutes passées à attendre prennent une autre dimension. Selon les secteurs et les périodes, différentes espèces de mammifères sauvages du Jura peuvent être rencontrées au cours d’un affût. Le Chevreuil européen fait évidemment partie des espèces que l’on peut espérer observer, tout comme le Renard roux. D’autres rencontres sont possibles selon les milieux fréquentés et les habitudes des animaux. Mais identifier l’espèce n’est que le début. Une fois l’animal repéré, j’aime prendre le temps d’observer ce qu’il fait. Est-il en train de s’alimenter ? De se déplacer ? Semble-t-il vigilant ? Utilise-t-il un passage particulier ? Interagit-il avec d’autres individus ? A-t-il détecté quelque chose autour de lui ? Avec une longue-vue, un animal situé à bonne distance peut devenir extrêmement intéressant à observer. On découvre alors des comportements que l’on aurait probablement manqués en se contentant de chercher à s’en rapprocher. C’est aussi une manière différente d’aborder la photographie et l’observation animalière : la proximité n’est pas forcément synonyme de meilleure rencontre.

Un animal qui poursuit tranquillement son activité à distance peut offrir une expérience bien plus intéressante qu’un individu que notre présence oblige à interrompre ce qu’il était en train de faire.


*Quelques observations réalisées lors de plusieurs sessions affûts : Cerf élaphe (Cervus elaphus), Chat forestier (Felis silvestis) et Chamois (Rupicapra rupicapra)


L’observation reste le clou du spectacle mais elle n’est jamais garantie


C’est probablement le point le plus important à comprendre avant de réserver une sortie d’observation de la faune sauvage. Un affût n’est pas un zoo. Je peux prospecter un secteur, relever des indices, étudier les passages, utiliser ponctuellement des pièges photographiques et réaliser des affûts tests. Tout ce travail permet d’augmenter nos chances de nous trouver au bon endroit. Mais aucun de ces éléments ne permet de garantir qu’un animal se présentera devant nous le jour de la sortie. Un chevreuil peut emprunter une autre coulée. Un renard peut sortir plus tard que d’habitude. Une modification de la météo, une présence humaine, une activité inhabituelle ou simplement le comportement individuel d’un animal peuvent complètement changer le déroulement d’une soirée. Nous observons des animaux sauvages et libres, et cette incertitude fait partie de l’expérience. Certains affûts offrent plusieurs observations. D’autres se résument à une apparition très brève, une silhouette qui traverse une prairie avant de disparaître. Et il arrive aussi qu’aucun mammifère ne décide de se montrer. Il faut en avoir conscience avant de participer.

L’observation reste évidemment le clou du spectacle. Lorsque l’animal que nous attendions apparaît enfin, le moment peut être particulièrement fort. Mais je ne souhaite pas que toute la valeur d’une sortie repose uniquement sur cette apparition. Pendant l’affût, nous avons déjà appris à lire un paysage, à reconnaître certains indices, à comprendre pourquoi nous nous sommes installés à cet endroit, à utiliser du matériel d’observation et surtout à consacrer du temps à une nature que nous traversons habituellement beaucoup plus rapidement. C’est cette expérience globale que je cherche à proposer.


Apprendre à observer la faune sans la déranger


L’affût possède également un avantage essentiel : lorsqu’il est correctement préparé et pratiqué, il permet de rester à distance et de laisser l’animal venir de lui-même dans notre champ d’observation. L’objectif n’est pas de poursuivre un animal jusqu’à obtenir une photographie ou de réduire constamment la distance qui nous sépare de lui.

Au contraire. Observer le comportement permet également de comprendre quand notre présence commence éventuellement à avoir un effet. Un changement d’attitude, une vigilance inhabituelle ou un déplacement peuvent être autant de signaux auxquels il faut rester attentif. Savoir observer, c’est donc aussi savoir renoncer. Il peut être préférable de conserver une observation lointaine plutôt que de tenter quelques mètres supplémentaires. De la même manière, certaines périodes ou certaines situations demandent davantage de précautions. Cette approche fait partie intégrante de ce que je souhaite transmettre lors de mes sorties nature dans le Jura : apprendre à observer davantage, tout en cherchant à déranger le moins possible.


Une autre manière de découvrir la faune du Jura


Lorsque vient le moment de quitter l’affût, la sortie ne se résume finalement jamais uniquement au nombre d’animaux observés. Il y a bien sûr les rencontres que l’on n’oublie pas. Une silhouette qui apparaît au moment où l’on commençait à ne plus y croire, un comportement inattendu ou simplement quelques minutes passées à observer tranquillement un animal qui ne semble pas avoir remarqué notre présence. Mais il y a aussi tout ce qui se passe autour. Les indices découverts avant de s’installer. Les discussions. Les sons de la forêt. Les changements de lumière. Les anecdotes racontées pendant l’attente. Et cette étrange impression qu’après être resté longtemps au même endroit, un paysage que l’on pensait vide devient progressivement beaucoup plus vivant. C’est probablement ce que j’apprécie le plus dans l’affût. On arrive avec l’espoir de voir un animal. On repart parfois avec une belle observation, parfois avec seulement quelques secondes de rencontre et parfois sans avoir vu celui que l’on espérait. Mais on repart surtout en ayant appris à attendre, chercher et observer autrement. Et la prochaine fois que l’on passera devant une lisière forestière apparemment tranquille, peut-être prendra-t-on quelques secondes supplémentaires pour regarder ce qui s’y cache.



Envie de découvrir les affûts dédiés à l'observation des mammifères du Jura ? Je propose des soirées de découverte des papillons de nuit dans le massif du Jura. Une expérience accessible aux petits comme aux grands pour observer, identifier et mieux comprendre cette biodiversité nocturne.



 
 
 

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