Quatre jours d’immersion naturaliste en famille dans le massif du Jura 🏔️
Des grandes forêts du Risoux aux tourbières du Drugeon, en passant par les crêtes du Mont d’Or : retour sur quatre journées de découvertes, de rencontres sauvages et de moments partagés au cœur du massif jurassien.
Quatre jours pour découvrir le Jura autrement
Au début du mois de juillet, j’ai eu le plaisir d’accueillir dans le Haut-Jura une famille de six personnes venue de l’Hérault : deux parents déjà passionnés de nature et d’ornithologie, accompagnés de leurs quatre enfants, particulièrement attirés par les mammifères.
Arrivée jusqu’à moi grâce au bouche-à-oreille, la famille n’était pas venue avec une liste d’espèces à absolument observer. Leur souhait était finalement beaucoup plus simple : prendre le temps de découvrir le massif jurassien dans son ensemble, ses paysages et la biodiversité qui leur est associée. Évidemment, un animal occupait tout de même une petite place dans les esprits : le Lynx boréal ! Une rencontre dont rêvent beaucoup de passionnés venant découvrir le Jura, mais qu’aucun guide ne peut raisonnablement promettre tant cet animal reste discret et imprévisible.
Pour commencer cette immersion, j’ai souhaité accueillir toute la famille à Mignovillard avec un petit panier garni préparé maison. Une attention toute simple pour souhaiter la bienvenue et commencer ces quelques jours sous le signe de la convivialité, nous avons profiter de notre première rencontre pour planifier notre séjour. Le programme des quatre journées avait volontairement été imaginé pour explorer des univers très différents. Des immenses forêts d’altitude du Risoux aux zones humides de la vallée du Drugeon, des coteaux plus secs aux crêtes du Mont d’Or, chaque journée devait permettre de découvrir un nouveau visage du massif et les espèces qui lui sont associées. Mais quelques jours passés à rechercher la faune sauvage ne se déroulent jamais exactement comme prévu. Les conditions particulièrement chaudes et sèches de ce début d’été allaient rendre certaines observations difficiles. Des animaux espérés resteraient invisibles tandis que d’autres, parfois totalement inattendus, apparaîtraient au détour d’un chemin, dans une clairière ou au bord d’une prairie. Et c’est précisément ce qui allait faire tout le charme de ces quatre jours.

*Forêt du massif jurassien sous un ciel étoilé lors d’un séjour naturaliste
Jour 1 — Une longue journée au cœur des forêts du Risoux
Pour cette première journée, rendez-vous est pris dès 7 heures du matin. Direction le massif du Risoux et ses immenses forêts d’altitude, avec l’objectif de découvrir quelques-unes des espèces caractéristiques de ces milieux montagnards. Les conditions ne sont pourtant pas simples. La période de forte chaleur et de sécheresse qui touche alors le massif jurassien rend les animaux particulièrement discrets. Nous parcourons pendant plusieurs heures les sentiers forestiers, en prenant le temps d’écouter et d’observer tout ce qui nous entoure. Les espèces emblématiques espérées restent pour la plupart invisibles. Une rencontre vient néanmoins récompenser notre patience : une Gélinotte des bois, aperçue très furtivement au cœur du massif. Une observation aussi brève que précieuse de cet oiseau particulièrement discret des forêts jurassiennes.
Une forêt qui se découvre aussi par ses sons
Même lorsque les grandes rencontres se font attendre, la forêt est loin d’être silencieuse.
Tout au long de la randonnée, les cris caractéristiques des Becs-croisés des sapins nous accompagnent. Les passereaux forestiers sont également bien présents et nous avons notamment l'occasion d'observer les cinq espèces de mésanges rencontrées dans ces forêts. C'est aussi tout l'intérêt d'une sortie naturaliste : ne pas concentrer son attention uniquement sur les espèces les plus recherchées, mais apprendre progressivement à lire tout ce qui compose un milieu. La matinée est également l'occasion d'une première initiation à l'entomologie. Pour la famille, encore peu familière avec ce groupe, chaque papillon devient une nouvelle découverte. Petit, Moyen et Grand Nacrés, Petite Violette, Piérides, Moirés, Azurés, Paon du jour, Fadet commun, de la mélique ou encore Hespéries permettent d'aborder progressivement la diversité des papillons de jour. Parmi eux, une observation retient particulièrement notre attention : le Azuré du mélilot, beaucoup moins commun sur ce secteur.
*Nombreuses espèces de papillon de jour observées sur le massif du Risoux : Azuré du mélilot, Paon du jour, Hespérie de la houque, Grand nacré, Fadet de la mélique, Demi-argus
Une pause au bord du lac des Rousses
Après plusieurs heures de marche, la chaleur devient plus importante. Nous quittons temporairement la forêt pour rejoindre le lac des Rousses, où une pause pique-nique permet à tout le monde de souffler pendant les heures les plus chaudes. Mais même pendant le repas, les jumelles ne restent jamais très loin. Plusieurs Grèbes huppés évoluent sur le lac et l'un d'eux nous offre une scène particulièrement agréable à observer : des jeunes transportés sur le dos de leur mère. Le Bouvreuil pivoine vient lui aussi ponctuer ce moment de pause. Une espèce que nous retrouverons d'ailleurs à plusieurs reprises au cours du séjour, au point de devenir presque l'un de nos compagnons de route.
Quand la journée se prolonge jusqu'à la nuit
Après cette parenthèse au bord du lac, nous reprenons progressivement notre exploration du Risoux. La journée aurait parfaitement pu s'arrêter après toutes ces heures passées sur le terrain. Mais nous avions envie de découvrir aussi ce que la forêt pouvait nous réserver à la tombée de la nuit. Quelques pizzas récupérées en chemin deviennent alors le dîner du soir, partagé tous ensemble dans une clairière forestière. Un moment simple et convivial avant de reprendre les observations. Notre objectif est notamment d'essayer d'entendre les petites chouettes de montagne. Cette fois-ci, malgré l'attente et des conditions qui semblent intéressantes, aucun contact. La clairière nous réserve néanmoins une autre surprise : une compagnie de Sangliers accompagnée de marcassins traverse le secteur. Et plutôt que de prolonger inutilement l'attente alors que la soirée reste particulièrement calme, nous décidons finalement de changer de stratégie.
Parfois, il suffit de changer de plan
Sur le chemin du retour vers Mignovillard, les prairies prennent alors le relais de la forêt.
Et c'est finalement là, alors que certaines des espèces recherchées toute la journée nous ont échappé, que les observations s'enchaînent. Plusieurs Renards roux chassent dans les prairies et nous prenons le temps de les observer depuis le véhicule, à distance.
Puis viennent deux Hiboux moyens-ducs, qui concluent magnifiquement cette première immersion. Lorsque nous rentrons enfin, il est près de 23 heures. Partis à 7 heures du matin, nous venons de passer presque toute la journée dehors. Une première journée particulièrement dense, faite de longues heures de recherche, de découvertes naturalistes, d'observations furtives, de moments partagés et aussi d'espèces qui auront décidé de ne pas se montrer. Après une telle entrée en matière, une journée de repos s'imposait avant de poursuivre le séjour.
Jour 2 — Des bas-marais aux tourbières de la vallée du Drugeon
Après une journée de repos bien méritée, changement complet d’ambiance pour la suite du séjour. Nous prenons cette fois la direction de la vallée du Drugeon, avec l’envie de découvrir quelques-uns des milieux humides qui font toute la richesse de ce territoire.
Bas-marais, prairies humides, plans d’eau et tourbières composent ici une mosaïque de milieux particulièrement intéressante. Après les grandes forêts du Risoux, cette journée est aussi l’occasion d’élargir encore notre regard : oiseaux, papillons, libellules et plantes vont successivement attirer notre attention.
D’étonnantes plantes carnivores
La matinée commence dans les bas-marais de la vallée. Et l’une des premières découvertes marquantes ne possède cette fois ni plumes, ni poils, ni ailes. Au milieu de cette végétation si particulière poussent des Droséras à feuilles longues, de petites plantes carnivores parfaitement adaptées aux milieux pauvres en éléments nutritifs. Observer une plante carnivore dans son milieu naturel est déjà une découverte étonnante. Mais certaines nous permettent d’aller encore plus loin : nous observons des Droséras en train de digérer leurs proies, parmi lesquelles une libellule et un papillon. Autant dire que les enfants ne restent pas insensibles à la scène ! Plus tard dans la journée, une seconde espèce viendra compléter cette découverte : la Droséra à feuilles rondes, observée cette fois dans la tourbière de Frasne.
*Drosera à feuille longue observée durant le séjour et ses diverses proies
Papillons et oiseaux des zones humides
Comme depuis le début du séjour, les insectes occupent une place importante dans nos observations. Parmi les papillons rencontrés figurent notamment le Solitaire, espèce étroitement associée aux milieux tourbeux, mais également le Demi-deuil, la Petite Tortue, la Belle-Dame, le Vulcain et différentes Hespéries. À l’ENS de l’Entonnoir, nous changeons encore une fois de groupe pour observer les oiseaux liés aux zones humides et aux milieux ouverts. Tariers pâtres, Rousserolles verderolles et effarvattes, Bruants jaunes et Bruants des roseaux font partie du cortège rencontré au cours de la journée. Quelques derniers Coucous gris se font également remarquer. Une autre rencontre attire notre attention : le Grand Mars changeant, l’un de ces papillons dont les reflets peuvent complètement se transformer selon l’angle sous lequel la lumière frappe les ailes.

*Grand mars changeant observé durant notre sortie sur l'ENS
Une parenthèse autour des myrtilles
Entre deux séquences d’observation, nous profitons de la pause du milieu de journée pour partir pendant environ une heure à la recherche des myrtilles, particulièrement abondantes cette année. Un moment beaucoup plus simple, mais qui participe pleinement au séjour : prendre le temps de profiter de ce que le territoire offre, sans avoir constamment les yeux rivés sur une espèce à rechercher. La cueillette étant réglementée et notamment interdite à l’intérieur de la Réserve naturelle régionale des tourbières de Frasne-Bouverans, nous réalisons bien entendu cette petite récolte en dehors du périmètre protégé. Et ces myrtilles auront d'ailleurs une seconde vie un peu plus tard dans le séjour…

*Eupithécie de la myrtilles espèce de papillon de nuit de la tourbière de Frasne posé juste au dessus d'une myrtilles prise lors du séjour
Comprendre comment vit une tourbière
En fin de journée, nous rejoignons la tourbière de Frasne pour une découverte beaucoup plus approfondie de cet écosystème. Pour cette visite, nous avons la chance de bénéficier des explications de ma compagne, qui travaille alors à la rédaction du plan de gestion de la réserve. Une belle occasion pour la famille de ne plus seulement observer la tourbière, mais de comprendre son fonctionnement. Formation de la tourbe, succession des différents stades, végétation spécialisée, rôle de l’eau, évolution du milieu au fil du parcours, le paysage prend progressivement une autre dimension. La visite se poursuit jusqu’aux dernières lumières de la journée, avec un coucher de soleil sur la tourbière vivante.

*Partie de la dite "tourbière vivante" sur la RNR de Frasne-Bouverans aux dernières lueurs de la journée
Une rencontre qui comptait particulièrement
Et puis il y a ces observations que l’on ne peut ni prévoir ni organiser. Alors que nous évoluons autour de la réserve, un Renard roux apparaît dans une prairie et commence à chasser. Nous pouvons rester à bonne distance et l’observer pendant près d’un quart d’heure. La rencontre aurait déjà été magnifique en elle-même. Mais elle prend une dimension supplémentaire : le Renard est justement l’animal totem de l’un des membres de la famille. Pendant quinze minutes, plus besoin de courir après une nouvelle espèce. Nous prenons simplement le temps de regarder l’animal évoluer librement dans son environnement. Et ce sont souvent ces moments-là qui restent le plus longtemps en mémoire.
Jour 3 — Des coteaux du Château de Joux aux crêtes du Mont d’Or
Pour cette troisième journée, nous changeons une nouvelle fois de décor. Après les grandes forêts du Risoux et les zones humides du Drugeon, l’objectif est cette fois de découvrir les milieux plus secs et montagneux du massif jurassien. La matinée commence autour du Château de Joux, sur des coteaux bien exposés où nous partons avec l’espoir d’observer l’un des mammifères emblématiques de ces reliefs : le Chamois. Mais ce matin-là, malgré nos recherches, aucun Chamois ne se montrera. L’absence d’une espèce recherchée ne signifie pourtant jamais que le milieu est vide. Il suffit souvent de changer d’échelle et de regarder ce qui se trouve juste devant nous.
Quand les petites rencontres prennent le relais
Les coteaux se révèlent particulièrement intéressants pour les insectes. Le Silène, papillon caractéristique des milieux chauds et secs, est bien présent tout au long du parcours, accompagné notamment de nombreux Demi-deuils. Côté oiseaux, un chant retient régulièrement notre attention : celui du Pouillot de Bonelli, entendu à plusieurs reprises au cours de la matinée. Une fois encore, la journée nous rappelle qu’en observation naturaliste, il faut parfois accepter de ne pas rencontrer l’animal que l’on était venu chercher pour mieux découvrir toutes les autres espèces présentes autour de nous.

*Papillon le Silène observé durant le séjour
Prendre de la hauteur sur les crêtes du Mont d’Or
L’après-midi, direction le massif du Mont d’Or. Nous parcourons ses sentiers et ses crêtes, dans un paysage désormais complètement différent de ceux traversés les jours précédents. Depuis les hauteurs, le regard porte loin : les lacs jurassiens apparaissent dans le paysage tandis qu’à l’horizon se dessine progressivement la chaîne des Alpes. Et lorsque les conditions sont suffisamment dégagées, une silhouette domine l’ensemble : le Mont-Blanc. Après plusieurs heures de découverte, nous choisissons de rester sur les hauteurs pour profiter des dernières lumières. Le pique-nique se transforme alors en un nouveau moment de partage face aux Alpes. Et pour le dessert, une partie des myrtilles récoltées la veille trouve une excellente destination : une tarte aux myrtilles préparée pour l’occasion, appréciée par toute la petite équipe. Mais cette fois, la journée est encore loin d’être terminée.

*Vu depuis le Mont d'or sur les alpes
Quand la nuit révèle un autre monde
À mesure que la lumière disparaît, nous préparons une expérience totalement différente.
Nous installons un dispositif lumineux LEPILED, destiné à attirer les papillons de nuit. Pour la famille, qui avait découvert les papillons de jour quelques jours auparavant, c’est l’occasion d’ouvrir une nouvelle porte sur un univers souvent beaucoup moins connu : celui des hétérocères. La nuit venue, les premiers insectes commencent progressivement à rejoindre le dispositif. Pendant les premières heures de la soirée, une trentaine d’espèces de papillons de nuit seront observées. Formes, couleurs, tailles et comportements très différents permettent d’aborder leur identification, mais également leur biologie et leur cycle de vie. Et surtout, cette découverte permet de rappeler une chose assez fascinante : lorsque nous rentrons chez nous à la tombée de la nuit, une immense partie de la biodiversité commence seulement son activité. La séance se poursuit jusque tard dans la soirée. Lorsque nous replions finalement le matériel, il est aux alentours de minuit. Une nouvelle longue journée s’achève, commencée à la recherche des Chamois sur les coteaux et terminée quelques heures plus tard autour d’une lampe, à découvrir l’incroyable diversité des papillons nocturnes du massif jurassien.
*Différentes espèces observées lors de cette soirée : Boarmie recourbée, Cidarie du prunier, La Frangée, La Nonne, Sphinx du troène, Catoptria margaritella Envie de découvrir les papillons de nuit ?
À la tombée de la nuit, une biodiversité insoupçonnée s’éveille.
Découvrez comment se déroule une soirée d’observation des papillons nocturnes, les techniques utilisées pour les attirer et toute la diversité qui peut apparaître autour d’un dispositif lumineux.
Jour 4 — Rapaces, libellules et dernières observations
Pour cette dernière journée, le séjour est loin d’être terminé. Après trois jours à parcourir des milieux très différents, nous retournons dans la vallée du Drugeon avec cette fois un objectif bien particulier : lever les yeux vers le ciel. Nous rejoignons le belvédère de l’Entonnoir pour tenter d’observer un oiseau exceptionnel : l’Aigle pomarin.
À la recherche d’un rapace hors du commun
Depuis 2023, le secteur accueille un couple nicheur d’Aigles pomarins, une situation unique en France. Pour cette famille passionnée d’ornithologie, difficile de passer plusieurs jours dans le Haut-Doubs sans consacrer un peu de temps à sa recherche. Nous nous installons donc au belvédère et commençons à scruter le secteur. L’attente finit par être récompensée : un Aigle pomarin est repéré, posé dans les arbres à proximité du belvédère.
Une observation particulièrement marquante, et probablement l’un des temps forts ornithologiques de ces quatre jours. Le ciel nous réserve également un joli cortège de rapaces. Au fil de la session, nous observons notamment un Faucon hobereau, plusieurs Milans noirs et Milans royaux ainsi qu’une Bondrée apivore. Après plusieurs jours durant lesquels certaines espèces recherchées nous avaient échappé, cette matinée nous rappelle aussi pourquoi nous continuons à patienter et à scruter : parfois, la rencontre espérée finit bel et bien par avoir lieu.
Des rapaces aux libellules
Après avoir passé une bonne partie de la matinée les yeux tournés vers le ciel, nous changeons complètement d’échelle. Une nouvelle petite cueillette de myrtilles avec les enfants offre d’abord une parenthèse plus tranquille, avant de rejoindre un étang situé non loin de là. Ici, ce sont notamment les libellules qui attirent notre attention. Le site accueille une belle diversité d’espèces, dont certaines Leucorrhines, et permet de poursuivre les initiations entomologiques commencées dès le premier jour. Sur l’eau, nous retrouvons également plusieurs oiseaux nicheurs, parmi lesquels le Fuligule morillon et le Fuligule milouin. C’est finalement assez représentatif de tout le séjour : en quelques heures seulement, passer d’un rapace particulièrement rare aux libellules puis aux oiseaux d’eau, sans jamais vraiment savoir à l’avance quelle sera la prochaine observation.
Une dernière soirée à la lumière des papillons
La découverte des papillons de nuit ayant particulièrement plu la veille, difficile de ne pas renouveler l’expérience. Pour cette dernière soirée, nous installons donc une nouvelle fois le dispositif lumineux afin de poursuivre la découverte des hétérocères. Une seconde session qui permet d’observer un nouveau cortège d’espèces et de prolonger encore un peu cette immersion dans la biodiversité nocturne du massif. Ce qui devait initialement être une découverte parmi beaucoup d’autres sera finalement devenu l’une des expériences favorites de la famille pendant le séjour. Et c’est aussi tout l’intérêt d’un séjour construit de cette manière : pouvoir adapter le programme en cours de route lorsque l’on découvre qu’une activité suscite particulièrement la curiosité ou l’enthousiasme des participan.
*Différentes espèces observées lors de cette soirée : Bombyx du pin, Ethmia dodecea, Aplota palpella, Serpette, Ecaille marbré, Ratissée, Dioryctria, Catoptria gr permutatellus, Zuzère du marronier
Vivez l’expérience sur le terrain
Je propose également des sorties guidées à la découverte des papillons de nuit dans le massif jurassien. Une immersion nocturne accessible aux curieux comme aux passionnés pour découvrir autrement le monde fascinant des hétérocères.
Une dernière tentative dans l’obscurité
Mais pour deux des filles de la famille, une dernière expérience les attend encore.
Les mammifères avaient occupé une place particulière dans leurs envies depuis le début du séjour. Je leur propose donc une ultime tentative : un affût à proximité d’un terrier de Blaireau, en conservant bien entendu une distance suffisante pour ne pas perturber les animaux. Nous nous installons et attendons. La lumière diminue. Le temps passe.
Mais les Blaireaux, eux, ont décidé que la rencontre n’aurait pas lieu. Ils ne sortiront pas suffisamment tôt pour que nous puissions les observer. Une dernière attente infructueuse pourrait sembler une drôle de manière de terminer quatre jours de découvertes naturalistes. Pourtant, elle résume peut-être mieux que n’importe quelle observation ce que nous venions de vivre. Chercher un animal sauvage ne signifie jamais être certain de le trouver.
Dans la nature, rien n’est jamais garanti. Au terme de ces quatre journées, la liste des rencontres est déjà particulièrement riche. Pourtant, plusieurs des espèces que nous avions espéré observer ne se seront finalement jamais montrées. Le Lynx boréal, dont toute la famille rêvait forcément un peu avant d’arriver dans le Jura, restera fidèle à sa réputation. Malgré plusieurs soirées passées sur le terrain, nous n’aurons pas davantage de contact avec les petites chouettes de montagne. Les Chamois recherchés autour du Château de Joux resteront eux aussi invisibles, tout comme les Blaireaux lors de notre dernière soirée d’affût. Et c’est parfaitement normal.
Accepter que l’animal décide
Observer la faune sauvage, ce n’est pas entrer dans un espace où chaque espèce nous attend à l’endroit et à l’heure prévus. Dans le massif jurassien, cette réalité est particulièrement perceptible. L’immensité des forêts offre aux animaux d’innombrables possibilités pour évoluer loin des regards. À cela se sont ajoutées, pendant notre séjour, des conditions particulièrement chaudes et sèches, qui ont rendu certaines recherches encore plus difficiles. Un guide peut connaître les secteurs favorables, interpréter les indices de présence, choisir les bons horaires, adapter un itinéraire ou multiplier les recherches. Mais il reste une chose qu’il ne contrôle pas : la décision de l’animal de se montrer ou non. Et heureusement, quelque part. Car c’est précisément cette incertitude qui donne autant de valeur à une rencontre sauvage.
Savoir changer de plan
Ces quatre jours auront aussi montré combien un séjour naturaliste repose sur l’adaptation.
Lorsque la forêt du Risoux est devenue particulièrement calme en soirée, nous avons choisi de rentrer plus tôt et ce changement de programme nous a finalement permis d’observer plusieurs Renards en chasse dans les prairies ainsi que deux Hiboux moyens-ducs.
Nous étions partis chercher les Chamois et ce sont les papillons des coteaux qui ont retenu notre attention. Les petites chouettes sont restées silencieuses, mais une compagnie de Sangliers accompagnée de marcassins a traversé notre clairière. Et une simple découverte des papillons de nuit s’est transformée en une expérience tellement appréciée que nous avons décidé de la renouveler dès le lendemain. Le programme donne une direction au séjour. La nature, elle, en écrit une partie de l’histoire.
Prendre le temps de s’émerveiller
Finalement, les souvenirs les plus marquants ne sont pas nécessairement liés aux espèces que nous avions prévu de rechercher. Une Gélinotte des bois apparaissant furtivement dans le Risoux. Des jeunes Grèbes huppés transportés sur le dos d’un adulte. Des enfants découvrant pour la première fois une plante carnivore capturant des insectes. Un Renard observé pendant près d’un quart d’heure alors qu’il représentait justement l’animal totem de l’un des participants. Un Aigle pomarin finalement repéré après avoir longuement scruté le paysage. Ou encore une trentaine d’espèces de papillons venant progressivement rejoindre notre dispositif à la nuit tombée. À cela s’ajoutent tous les moments qui ne figurent sur aucune liste naturaliste : les pizzas partagées au abord d'une clairière forestière, les cueillettes de myrtilles, une tarte dégustée face aux Alpes, les discussions pendant les longues marches et les soirées qui se prolongent bien après le coucher du soleil. C’est aussi cela que je souhaite transmettre à travers mes séjours : ne pas courir après une succession d’espèces à cocher, mais prendre le temps de découvrir un territoire, comprendre ce que l’on observe et profiter pleinement des rencontres que la nature veut bien nous offrir.
Bien plus qu’une liste d’espèces
Quatre jours plus tard, difficile de résumer cette immersion à une simple liste d’observations.
Nous aurons parcouru les grandes forêts du Risoux, exploré les zones humides de la vallée du Drugeon, marché sur les coteaux et les crêtes du Mont d’Or, attendu le coucher du soleil face aux Alpes et prolongé plusieurs de nos journées bien après la tombée de la nuit.
Oiseaux, mammifères, papillons, libellules, plantes carnivores… chaque milieu nous aura permis d’aborder une nouvelle facette de la biodiversité jurassienne. Certaines rencontres auront duré quelques secondes, d’autres de longues minutes. Certaines espèces tant espérées ne se seront jamais montrées. Mais au-delà des observations, je retiens surtout une aventure humaine et naturaliste partagée pendant quatre jours, faite de curiosité, de patience, d’émerveillement et de nombreux moments de convivialité.
Merci pour votre confiance
Je tiens à adresser un immense merci à toute la famille pour la confiance qu’elle m’a accordée en venant découvrir le massif jurassien à mes côtés. Merci pour votre curiosité et votre enthousiasme, pour toutes ces heures passées à marcher, chercher, attendre et observer. Merci aussi pour ces repas partagés, ces petites attentions réciproques, les discussions sur le terrain, les soirées prolongées jusqu’à la nuit et votre capacité à vous émerveiller aussi bien devant un rapace que devant un minuscule insecte.
Ce sont aussi ces rencontres et ces moments partagés qui donnent tout leur sens à mon métier de guide naturaliste. J’espère que vous garderez de ces quelques jours dans le Jura autant de beaux souvenirs que j’en garde moi-même.
Vous aussi, découvrez le Jura autrement
Vous souhaitez découvrir la biodiversité du massif jurassien pendant plusieurs jours ?
Je propose des séjours naturalistes construits sur mesure, en fonction de vos envies, de votre rythme et des thématiques qui vous intéressent : oiseaux, mammifères, insectes, flore, photographie ou tout simplement découverte globale du territoire. Le programme est adapté au fil du séjour selon les conditions, les opportunités d’observation et les rencontres que la nature veut bien nous offrir.




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