Découverte des papillons de nuit 🦋
Dernière mise à jour : 24 août
À la découverte des papillons de nuit du massif du Jura 🏔️
Lorsque le soleil disparaît derrière les reliefs jurassiens, une autre biodiversité s’éveille. Discrète, souvent méconnue et pourtant d’une diversité remarquable, elle accompagne nos nuits sans que nous prenions toujours le temps de l’observer.
Cet été, de Frasne au Mont d’Or, en passant par la vallée du Drugeon et la forêt du Risoux, plusieurs soirées ont été consacrées à la découverte des papillons de nuit. À la lumière d’un dispositif spécialement conçu pour les attirer et les observer, ce sont parfois plusieurs centaines d’espèces qui se dévoilent au cours d’une même soirée. Mais une sortie consacrée aux papillons nocturnes ne consiste pas simplement à attendre devant un drap éclairé. Elle commence avant même l’arrivée des premiers papillons.
Une soirée qui commence à la tombée de la nuit 🌓
Le rendez-vous est généralement donné au moment du couché de soleil, alors que la lumière commence à décliner. Le choix du site n’est pas laissé au hasard : je privilégie des secteurs présentant une mosaïque de milieux naturels, afin de multiplier les habitats présents à proximité et, avec eux, les possibilités d’observer une grande diversité d’espèces.
J’installe généralement le matériel juste avant l’arrivée des participants ou avec eux. C’est alors l’occasion de découvrir le fonctionnement du dispositif : un drap blanc, utilisé comme support et pour réfléchir la lumière, associé à une LepiLED, une lampe alimentée par batterie qui émet différentes longueurs d’onde particulièrement attractives pour de nombreux insectes nocturnes.
Au cours de la saison, j’ai fait évoluer cette installation et je dispose désormais de deux dispositifs différents, permettant de varier les conditions d’attraction et les espèces susceptibles d’être observées. L’objectif, à terme, sera de pouvoir installer deux points lumineux à proximité l’un de l’autre et de circuler entre eux au cours de la soirée.
Mais une fois les lampes allumées, inutile de rester les yeux rivés sur le drap en attendant les premiers arrivants. La nuit offre déjà autre chose à écouter. En attendant les papillons, écoutons les chauves-souris 🦇
Pendant que le dispositif commence à attirer ses premiers visiteurs, nous partons à l’écoute des chauves-souris à l’aide de matériel spécialisé permettant d’enregistrer et de rendre audibles leurs émissions ultrasonores.
Ce moment permet d’aborder leur cycle biologique, leur activité nocturne et surtout les relations qui existent entre ces mammifères et les insectes qui nous intéressent ce soir-là. Papillons de nuit et chauves-souris partagent la même nuit, mais pas nécessairement les mêmes intérêts : pour certains papillons, ces dernières sont aussi de redoutables prédateurs.
Cette première découverte laisse également le temps à la nuit de s’installer complètement. Et lorsque nous revenons vers les draps éclairés, le décor a souvent déjà changé. Les premiers papillons sont arrivés.

*Dispotif lepiled avec le drap blanc
Un drap blanc et des dizaines d’espèces💡
À notre retour, les premiers individus ont généralement déjà rejoint le dispositif. Et très vite, le drap blanc se transforme en véritable terrain d’observation. Le nombre d’espèces rencontrées varie énormément d’une soirée à l’autre. La période, la météo, la température ou encore les milieux présents autour du dispositif influencent fortement ce que nous pouvons observer. Lors d’une soirée favorable, nous observons en moyenne une cinquantaine d’espèces, parfois davantage. Et c’est souvent à ce moment-là que l’on prend conscience de ce que recouvre réellement l’expression « papillons de nuit ». Loin de l’image des mites et autres papillons bruns tournant autour d’une ampoule, on découvre une diversité étonnante de formes, de tailles, de couleurs et de motifs. Certains passent presque inaperçus tant ils sont petits, d’autres attirent immédiatement le regard. Certaines espèces arborent des couleurs particulièrement vives, quand d’autres semblent avoir perfectionné l’art du camouflage.
*Diversités d’espèces présentes autour des lepileds, pour connaître les espèces venez découvrir les sorties !
Observer, chercher et identifier 🕵️♂️
À proximité du dispositif, une table accueille guides d’identification, ouvrages naturalistes et matériel d’observation. L’objectif n’est pas seulement de montrer des espèces aux participants : chacun peut prendre part à la découverte. Les papillons les plus caractéristiques permettent de s’essayer à l’identification, tandis que les ouvrages donnent rapidement une idée de l’immense diversité des espèces que l’on peut rencontrer. On compare les formes, les dessins des ailes, les couleurs ou certains caractères visibles afin d’essayer de mettre un nom sur les individus présents.
Il n’est d'ailleurs pas nécessaire d’être naturaliste pour participer. C’est précisément ce qui rend ces soirées particulièrement accessibles : les animaux viennent jusqu’au dispositif et peuvent être observés de très près. Certains individus peuvent également être manipulés avec précaution le temps d’une observation, avant d’être relâchés. Cette proximité fonctionne particulièrement bien avec les enfants. Là où l’observation de nombreux animaux sauvages nécessite de rester à distance, parfois avec des jumelles ou une longue-vue, les papillons nocturnes offrent une expérience complètement différente : quelques centimètres suffisent pour découvrir des détails que l’on ne soupçonnerait jamais en croisant l’animal en vol. Mais les papillons ne sont pas les seuls à venir à la lumière.

*Jeune participante qui manipule une feuille-morte du peuplier(Gastropacha populifolia)
Bien plus que des papillons 🐞
Au fil de la soirée, le dispositif attire également toutes sortes d’autres visiteurs : coccinelles, punaises, coléoptères aquatiques et de nombreux autres insectes peuvent rejoindre les draps. Ces arrivées parfois inattendues sont autant d’occasions de s’écarter quelques minutes des papillons pour découvrir d’autres groupes et rappeler à quel point la biodiversité nocturne reste discrète à nos yeux alors qu’elle est particulièrement active autour de nous. Et cette attraction pour la lumière amène inévitablement une question : si quelques lampes permettent de révéler autant d’animaux au cours d’une soirée, que se passe-t-il lorsque la lumière artificielle reste présente toute la nuit, partout autour de nous ?
Quand la lumière devient un problème 🔦
Le dispositif utilisé pendant ces soirées repose volontairement sur la capacité de nombreux insectes nocturnes à être attirés par certaines sources lumineuses. Pendant quelques heures et dans un cadre contrôlé, cette particularité nous permet de les observer, de les photographier et d’apprendre à mieux les connaître.
Mais elle permet aussi d’aborder un problème beaucoup plus vaste : la pollution lumineuse.
Éclairages publics, jardins, façades, enseignes ou installations privées modifient profondément l’obscurité naturelle. Pour la faune nocturne, la nuit n’est pourtant pas simplement l’absence de jour : c’est un habitat à part entière, dans lequel de nombreuses espèces se déplacent, se nourrissent, se reproduisent ou tentent d’échapper à leurs prédateurs. Observer autant d’insectes converger vers un simple point lumineux permet de rendre cette problématique particulièrement concrète. Ce que nous provoquons volontairement pendant quelques heures pour les besoins de la découverte peut se produire, nuit après nuit, autour des éclairages artificiels. C’est l’occasion d’introduire auprès des participants la notion de trame noire : préserver des espaces et des continuités où l’obscurité permet aux espèces nocturnes d’accomplir leur cycle de vie avec le moins de perturbations possible. Et protéger la nuit, c’est aussi protéger des animaux dont nous sous-estimons encore souvent l’importance.
Des pollinisateurs que l’on oublie 🐝
Lorsque l’on parle de pollinisation, les abeilles et les papillons de jour viennent généralement immédiatement à l’esprit. Les papillons de nuit restent beaucoup plus discrets dans notre imaginaire collectif. Pourtant, lorsqu’une partie de la flore continue à vivre après le coucher du soleil, les interactions entre plantes et insectes ne s’arrêtent pas avec la lumière du jour. De nombreux papillons nocturnes participent eux aussi au transport du pollen lorsqu’ils visitent les fleurs pour se nourrir. Ils occupent également une place importante dans les chaînes alimentaires. Les échanges avec les participants autour des chauves-souris, en début de soirée, prennent alors tout leur sens : observer la biodiversité, c’est aussi comprendre les relations qui unissent les espèces entre elles. C’est l’un des messages que j’aime transmettre pendant ces sorties. Derrière un animal parfois minuscule et auquel nous prêtons rarement attention se cache une multitude d’interactions avec son environnement.
Changer notre regard sur le monde de la nuit 💫
Il y a aussi beaucoup d’idées reçues à déconstruire. Les papillons nocturnes sont souvent imaginés comme de petits insectes ternes et peu spectaculaires. Pourtant, quelques minutes devant un drap suffisent généralement à faire voler cette image en éclats.
Certains arborent des motifs extrêmement complexes, d’autres des couleurs inattendues. Le mimétisme de certaines espèces est remarquable, tandis que d’autres semblent avoir choisi exactement la stratégie inverse en affichant des dessins particulièrement visibles.
Cette diversité permet aussi d’aborder l’évolution et les adaptations développées par les espèces au cours du temps. Une aile qui ressemble à une feuille, une coloration qui se confond avec une écorce ou une silhouette inhabituelle ne sont plus seulement de jolies curiosités à photographier : elles deviennent des portes d’entrée pour comprendre le vivant.
C’est probablement ce qui explique pourquoi ces soirées fonctionnent aussi bien avec des publics très différents. Un enfant peut s’émerveiller devant les couleurs d’un papillon tandis qu’un adulte s’attarde sur son identification ou son écologie. Chacun peut entrer dans la découverte à son niveau.
*Diversités d’espèces présentes autour des lepileds, pour connaître les espèces venez découvrir les sorties !
Et lorsque vient minuit 🕛
Les observations se poursuivent généralement jusque vers minuit, même si la durée dépend beaucoup de l’envie des participants et parfois de notre difficulté à quitter le drap lorsqu’une nouvelle espèce continue d’arriver. Au fil de la soirée, les livres ont été ouverts des dizaines de fois, les photographies se sont accumulées et les noms d’espèces aussi. Mais le nombre d’espèces observées n’est finalement qu’une partie de l’expérience.
Ce que j’espère surtout transmettre au cours de ces sorties, c’est l’envie de regarder différemment ce qui se passe dehors lorsque nous éteignons les lumières. De Frasne au Mont d’Or, de la vallée du Drugeon à la forêt du Risoux, les soirées réalisées cet été ont une nouvelle fois montré combien quelques heures peuvent suffire pour révéler une biodiversité que nous côtoyons quotidiennement sans nécessairement la voir. Lorsque les lampes sont finalement éteintes et le matériel rangé, la nuit retrouve son obscurité. Les papillons, eux, étaient là depuis le début.




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